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Dialogue IIII.

De deux chiens, Hylactor &
Pamphagus.


S’IlSIl plaisoit a Anubis, que jeie peusse
trouvertrouuer ungvng chien lequel sceut
parler, entendre, & tenir propos
commecōme jeie fay, que jeie seroye ayse?
Car jeie ne me veulx pas avancerauancer
de parler, que ce ne soit a mon semblable. Et
toutesfoys jeie suis bienbiē asseure, que si jeie vouloye
dire la moindre parolle devantdeuāt les hommeshōmes, que
jeie seroye le plus heureux chienchiē, qui fut jamaisiamais.
jeie ne scay prince ne roy en ce monde, qui fut
digne de m’avoirmauoir, veu l’estimelestime que l’on pourroit
faire de moy. Si j’enien avoyeauoye tant seulementseulemēt dict
autantautāt que j’enien vien de dire, en quelq̄quelque compagniecōpagnie
de gens, le bruyt en seroit desjadesia jusquesiusques aux
Indes. Et diroit l’onlon par tout, Il y a en ungvng tel
lieu ungvng chien qui parle. On viendroitviēdroit de tous
les quartiers du mondemōde, la ou jeie seroye, & bail
leroit l’onlon de l’argentlargent pour me veoir & ouyr
parler. Et encores ceulx qui m’auroyentmauroyēt veu, &
ouy, gaigneroyentgaigneroyēt souventsouuēt leur escot a racompterracōpter
aux estrangersestrāgers, & aux pays loingtains de ma
[25v]
facon, & de mes propos. JeIe ne pense pas que
l’onlon ayt veu chose plus merveilleusemerueilleuse, plus ex-
quise, ne plꝰplus delectable. Si me garderay jeie bienbiē
toutesfoys de rien dire devantdeuāt les hommeshōmes, que jeie
n’ayenaye trouvetrouue premierementpremieremēt quelque chien qui
parle commecōme moy, car il n’estnest pas possible, qu’ilquil
n’ennen y ayt encores q̄lcunquelcun au mondemōde. jeie scay bienbiē
qu’ilquil ne me scauroit eschapper si petit mot, que
incontinentincōtinēt ilz ne courrussent tous a moy, pour
en ouyr davantagedauātage: & peult estre que a ceste cau
se ilz me vouldroyentvouldroyēt adorer en Grece, ainsi que
l’onlon a faict Annubis en Egypte, tanttāt font les hu-
mains curieux de nouveautenouueaute. Or, encores n’aynay
jeie rien dict, & ne diray entre les hommeshōmes, que jeie
n’ayenaye trouvetrouue quelq̄quelque chienchiē qui ayt parle a moy.
Toutesfois que c’estcest unevne grandgrād peine de se taire,
mesmementmesmemēt a ceulx qui ont beaucoup de cho-
ses a dire, commecōme moy. Mais voicy que jeie fay
quantquāt jeie me trouvetrouue seulet, & que jeie voy que personne
ne me peut ouyr: jeie me prensprēs a dire a par moy
tout ce que j’ayiay sur le cueur, & vuyde ainsi mon
flux de ventrevētre, jeie vous dy de langue, sans que
le mondemōde en soit abreuveabreuue. Et bienbiē souventsouuēt en allantallāt
par les rues a l’heurelheure que tout le mondemōde est cou-
che, j’appelleiappelle pour mon passetempspassetēps q̄lcunquelcun de noz
voisins par son nom, & luy fay mettre la teste
a la fenestre, & cryer unevne heure. Qui est la?
Apres qu’ilquil a prou crye, & que personne ne luy G ij
[26]
respond, il se colere, & moy de rire. Et quant
les bonsbōs compagnonscōpagnōs de chienschiēs s’assemblentsassemblēt pour al-
ler battre le pavepaue, jeie m’ymy trouvetrouue voulentiers,
affin que jeie parle librement entre eulx pour
veoir si j’enien trouveraytrouueray point qui entende &
parle commecōme moy, car ce me seroit unevne grande
consolationcōsolation, & la chose que plus jeie desire en ce
mondemōde. Or quandquād nous jouonsiouōs ensemble, & nous
mordonsmordōs l’unglūg l’autrelautre, jeie leur dy tousjourstousiours q̄lquequelque
chose en l’oreilleloreille, les appellant par leurs noms
& surnoms, en leur demandant s’ilzsilz parlent
point. de laquelle chose ilz sont aussi estonnez
que si cornes leur venoyentvenoyēt: Car voyans cela,
ilz ne scaventscavēt que penserpēser, si jeie suis hommehōme desgui
se en chienchiē, ou chienchiē qui parle. Et afin que jeie die
tousjourstousiours quelq̄quelque chose, & que jeie ne demeure
sans parler, jeie me prens a crier, au meurtre, bon
ne

gens, au meurtre. AdoncAdōc tous les voisins s’es
veillent
ses
ueillēt
, & se mettentmettēt aux fenestres. Mais quandquād
ilz voyent que ce n’estnest que mocquerie, ilz s’ensen
retournent coucher. Cela faict, jeie passe en unevne
aultre rue, & crye tanttāt que jeie puis: aux larrons
aux larronslarrōs: les boutiques sont ouvertesouuertes. Ce pen-
dant
pē-
dant
qu’ilzquilz se lieventlieuēt, jeie m’enmen voys plus avantauāt, &
quantquāt j’ayiay passe ungvng coing de rue, jeie commencecōmēce a
crier, au feu, au feu: le feu est en vostre maison.
IncontinentIncōtinēt vous les verriez tous saillir en place
les ungsvngs en chemises, les aultres tous nudz, les
[26v]
femmes toutes descheveleesdescheuelees, cryanscryās : ou est ce?
ou est ce? Et quant ilz ont prou este en ceste
sueur, & qu’ilzquilz ont bienbiē cherche & regarde par
tout, ilz trouventtrouuēt a la fin que ce n’estnest rienriē, dontdōt s’ensen
retournentretournēt acheveracheuer leurs besongnes, & dormir
seurementseuremēt. Puis quantquāt j’ayiay bienbiē faict toutes les fol
lies de mes nuictz attiques, jusquesiusques au chapi
tre·. Qui sunt levesleues & importuni loquutores,
pour mieulx passer le demourant de mes phan
tasies
phā
tasies
, ungvng peu devantdeuāt que le jouriour vienneviēne, jeie me
transportetrāsporte au parc de noz ouailles, faire le loup
en la paille: ou jeie m’enmen voys desraciner quelq̄quelque
arbre mal plante : ou brouiller & mesler les
filetz de ces pescheurs: ou mettre des os & des
pierres au lieu du tresor que PygargꝰPygargus l’usurierlusurier
a cache en son champchāp: ou jeie voys pisser au[sic] potz
du potier, & chier en ses beaulx vases. Et si
d’adventuredaduēture jeie rencontrerencōtre le guet, j’enien mors trois
ou quatre pour mon plaisir, & puis jeie m’en fuy
tanttāt que jeie puis, cryantcryāt, qui me pourra prendreprēdre, si
me prenneprēne. Mais quoy qu’il en soit, si suis jeie bienbiē
marry que jeie ne trouvetrouue quelq̄quelque compaignoncōpaignō leq̄llequel
sache aussi parler. Toutesfoys si ay jeie bonnebōne espe
rance
espe
rāce
d’enden trouvertrouuer, ou il n’ennen y aura pointpoīt au mon
de

de
. Voyla GargiliꝰGargilius avecauec tous ses chienschiēs qui s’ensen
va a la chasse, jeie m’enmen voy esbattre avecauec eulx,
affin de scavoirscauoir s’ilsil en yay a pointpoīt en la compaigniecōpaignie
quelcūquelcun qui parle. Dieu gard les compaignonscōpaignōs, dieu G iij
[27]
gard espagnol mon amy. dieu gard mon compa-
gnon
cōpa-
gnon
levrierleurier. Ouy dea, ilz sont tous muetz:
au diable le mot que l’onlon scauroit avoirauoir d’eulxdeulx.
N’estNest ce pas pitie? Puis que ainsi est que jeie n’en
trouvetrouue pas ungvng qui me puisse respondrerespōdre, jeie voul
drois scavoirscauoir quelq̄quelque poison ou herbe qui me
feist perdre la parolle, & me rendist aussi bien
muet qu’ilzquilz sont. JeIe seroye bien plus heureux
que de languirlāguir ainsi du miserable desir que j’ayiay
de parler & ne trouvertrouuer oreilles commodescōmodes pour
ce faire, telles que jeie les desire. Et toy compaignoncōpaignō,
ne scaurois tu rienriē dire? Parlez a des bestes. Dy
he matin, parles tu point?

PAMPHAGUSPAMPHAGVS.


Qui appelles tu matin? Matin toy mesmes.


HYLACTOR.

He mon compagnon, mon
amy pardonne moy, s’ilsil te plait, & m’accollemaccolle,
jeie te prie. Tu es celuy que j’ayiay le plus desire
& cherche en ce monde. Et voyla ungvng sault
pour l’amourlamour de Diane, qui m’ama rendu tant
heureux en ceste chasse, que jeie y ay trouvetrouue ce
que jeie cherchoye. En voyla encor ungvng autre
pour toy gentil Anubis. Et cestuy la pour Cer
berꝰ
Cer
berus
, qui garde les enfers. Dy moy ton nom s’ilsil
te plait.

PAMPHAGUSPAMPHAGVS.

Pamphagus.

HY-
LACTOR.

Est ce toy, PamphagusPāphagus mon cousin,
mon amy? Tu cognois donc bien Hylactor.


PAMPPAMPHAGUS.

Voire dea, jeie cognois bienbiē Hylactor.
ou est il?

HYLHYLACTOR.

C’estCest moy.

PAMPPAMPHAGUS.

Par ta foy?
[27v]
PardonnePardōne moy HylactorHilactor mon amy, jeie ne te pou
voye
pou
uoye
recognoistre, car tu as unevne oreille coup-
pee, & jeie ne scay q̄llequelle cicatrice au front, que tu ne
soulois pas avoirauoir. dontdōt t’esttest venu cela?

HYLAHYLACTOR.


Ne t’enten enquiers plus avantauāt, jeie te prie, la chose
ne vauldroit pas le racompter, parlonsparlōs d’autredautre
matiere. Ou as tu este, & qu’asquas tu faict depuis
que nous perdismes nostre bon maistre ActeonActeō?


PAMPAMPHAGUS.

Ha, le grandgrād malheur, tu me renouvel-
les
renouuel-
les
mes douleurs. O que jeie perdiz beaucoup en
sa mort, Hylactor mon amy: Car jeie faisoye
grandgrād chere lors, ou maintenantmaintenāt jeie meurs de fain.


HYLHYLACTOR.

Par mon sermentsermēt nous avionsauiōs bon tempstēps,
quandquād jeie y pense. C’estoitCestoit ungvng hommehōme de bien que
Acteon, & vray gentilhommegētilhōme, car il aymoit bienbiē
les chienschiēs. On n’eustneust ose frapper le moindre de
nous, quoy qu’ilquil eust faict. Et avecauec cela que nous
estionsestiōs bien traictez, tout ce que nous pouvionspouuiōs
prendreprēdre, feust en la cuisine, au gardemangergardemāger, ou
ailleurs, estoit nostre, sans que personnepersōne eust este
si hardy de nous battre ou toucher, Car il l’a-
voit
la-
uoit
ainsi ordonneordōne, pour nous nourrir plus libe
ralement
libe
ralemēt
.

PAMPPAMPHAGUS.

Helas, il est vray. le maistre
que jeie sers maintenantmaintenāt, n’estnest pas tel, il s’ensen fault
beaucoup: car il ne tienttiēt comptecōpte de nous, ny ses
gensgēs ne nous baillentbaillēt rien a mangermāger la plꝰplus part
du tempstēps: & toutes les foys que l’onlon nous trouvetrouue
en la cuysine, on nous hue, on nous hare, on
[28]
nous menace, on nous chasse, on nous bat tel-
lement que nous sommes plus murdris &
deschirez de coups, que vieulx coquins.

HY-
LACT
HY-
LACTOR
.

Voyla que c’estcest, PamphagusPāphagus mon amy,
il fault prendreprēdre en paciencepaciēce. Le meilleur remede
que jeie sache pour les doleurs presentes, c’estcest d’ou
blier
dou
blier
les joiesioies passees en esperance de mieulx
avoirauoir. Ainsi que au contraire, le souvenirsouuenir des
maulx passez sans crainte d’iceulxdiceulx, ny de pis,
faict trouvertrouuer les biensbiēs presens bienbiē meilleurs, &
beaucoup plus doulx. Or, scais tu que nous fe
rons
fe
rōs
PamphagusPāphagus mon cousin? Laissons leur cour-
re le lievrelieure, & nous escartonsescartōs toy & moy pour
deviserdeuiser ungvng petit plꝰplus a loisir.

PAMPHAGUSPAMPHAGVS.


J’enIen suis content, mais il ne nous fault gueres
demourrer.

HYLACTOR.

Tant peu que tu
vouldras, peult estre que nous ne nous rever-
rons
reuer-
rons
de long temps. JeIe seray bien ayse de te
dire plusieurs choses, & d’enden entendre aussi
de toy. Nous voicy bien, Ilz ne nous scau-
roient veoir en ce petit boscage. Et puis leur
gibbier ne s’adressesadresse pas pardeca. Ce pendantpendāt jeie
te demanderoyedemāderoye volūtiersvoluntiers si tu scays point la
cause pourquoy toy & moy parlonsparlōs, & tous les
autres chiens sont muetz, Car jeie n’ennen trouvaytrouuay
jamaisiamais qui me sceust rien dire fors que toy, &
si en ay beaucoup veu en mon tempstēps.

PAMPAMPHAGUS.

N’en
scais tu rien? JeIe te la voys dire. Te souvientsouuiēt il
[28v]
bien quandquād noz compagnonscōpagnōs MelancheresMelācheres, Theri-
damas, & Oresitrophus saillirent sus Acteon
leur bon maistre, & le nostre, leq̄llequel Diane avoitauoit
nouvellementnouuellemēt transformetrāsforme en serf, & que nous au-
tres accourrusmes, & luy baillasmes tant de
coups de dentzdētz, qu’il mourut en la place? Tu dois
scavoirscauoir (commecōme j’ayiay depuis veu en jeie ne scay q̄lquel
livreliure qui est en nostre maison).

HYLACTHYLACTOR.


CommentCōmēt? tu scais donc bienbiē lire. ou as tu apprins
cela?

PAMPHAGPAMPHAGUS.

JeIe le te diray apres: mais
escoute cecy premierementpremieremēt. Tu doys entendre
que quandquād ungvng chascunchascū de nous faisoit ses effortz
de le mordre, d’adventuredaduēture jeie le mordiz en la lan-
gue
lā-
gue
, laq̄llelaquelle il tiroit hors la bouche, si bienbiē que j’en
emportay unevne bonnebōne piece que j’avallayiauallay. Or dict
le comptecōpte, que cela fut cause de me faire parler.
il n’y anya rien si vray: car aussi Diane le vouloit.
Mais pource que jeie n’aynay point encores parle de-
vant
de-
uant
les hommeshōmes, on cuyde que ce ne soit qu’unequne fa-
ble : touteffoys si est on tousjourstousiours apres pour
trouvertrouuer les chienschiēs qui mangerentmāgerēt de la languelāgue d’A-
cteon
Da-
cteō
serf. Car le livreliure dict qu’ilquil y en eust deux,
dontdōt j’enien suis l’unglūg.

HYLAHYLACTOR.

Corbieu jeie suis doncdōc
l’autrelautre: car j’ayiay souvenancesouuenāce que jeie mangeaymāgeay ungvng bon
loppin de sa languelāgue. Mais jeie n’eusseneusse jamaisiamais pensepēse
que la parolle me fust venue a cause de cela.


PAMPAMPHAGUS.

JeIe t’asseuretasseure Hylactor mon amy, qu’ilquil est
ainsi que jeie le te dy: car jeie l’aylay veu en escript.

H j
[29]
HYLAHYLACTOR.

Tu es bien heureux de te cognoistre
ainsi aux livresliures, ou l’onlon voit tanttāt de bonnesbōnes cho-
ses. Que c’estcest ungvng beau passetempspassetēps, jeie vouldroye
que Diane m’eustmeust faict la grace d’en scavoirscauoir au-
tant
au-
tāt
que toy.

PAMPAMPHAGUS.

Et jeie vouldroye bien que jeie n’ennen
sceusse jaia tanttāt, car de quoy sert cela a ungvng chien,
ny le parler avecauec? UngVng chien ne doibt autre
chose scavoirscauoir, sinon abayer aux estrangersestrāgers, ser-
vir
ser-
uir
de garde a la maison, flatter les domestiq̄sdomestiques,
aller a la chasse, courir le lievrelieure, & le prendre,
ronger les os, lescher la vaisselle, & suivresuiure son
maistre.

HYLAHYLACTOR.

Il est vray: mais touteffoys si
faict il bon scavoirscauoir quelq̄quelque chose davantagedauantage: car
on ne scait ou l’onlon se trouve. CommentCommēt? tu n’asnas
doncdōc point encore donne a entendreentēdre aux gens, que
tu scais parler?

PAMPPAMPHAGUS.

Non.

HYLHYLACTOR.

Et pour
quoy?

PAMPPAMPHAGUS.

Pource qu’ilquil ne m’enmen chault: car
j’aymeiayme mieulx me taire.

HYLHYLACTOR.

Touteffoys si
tu voulois dire quelq̄quelque chose devantdeuāt les hommeshōmes,
tu scais bien que les gensgēs de la ville non seulementseulemēt
te iroyent escouter, s’esmerveillanssesmerueillās, & prenans
plaisir a te ouyr : Mais aussi ceulx de tout le
pays a l’environlenuiron, voire de tous costez du mondemōde
viendroyentviēdroyēt a toy pour te veoir, & ouyr parler.
N’estimesNestimes tu rien veoir a l’entourlentour de toy dix
milionsmiliōs d’oreillesdoreilles qui t’escoutenttescoutēt, & autantautāt d’yeulxdyeulx
qui te regardentregardēt en face?

PAMPPAMPHAGUS.

JeIe scay bien
tout cela. Mais q̄lquel prouffit m’enmen viendroitviēdroit dad-
[29v]
vantage
dad-
[29v]
uantage
? JeIe n’aymenayme point la gloire de causer,
affin que jeie le te dye: car avecauec ce que ce me seroit
unevne peine, il n’yny auroit si petit coquin a qui il
ne me faillist tenir propos, & rendre raison.
On me tiendroittiēdroit en chambrechābre, jeie le scay bien, on
me froteroit, on me pigneroit, on m’accoustre
roit
maccoustre
roit
, on m’adoreroitmadoreroit, on me doreroit, on me
dorelotteroit, Bref, jeie suis bien asseure que l’onlon
me vouldroit faire vivreviure autrementautremēt que le na-
turel d’ungdung chien ne requiert. Mais.

HYLACHYLACTOR.


Et bien, serois tu pas contentcōtent de vivreviure ungvng pe-
tit a la facon des hommeshōmes?

PAMPPAMPHAGUS.

A la facon
des hommes? JeIe te jureiure par les trois testes de
Cerberus, que j’aymeiayme mieulx estre tousjourstousiours
ce que jeie suis, que plus avantauāt ressembler les hom-
mes
hō-
mes
, en leur miserable facon de vivreviure, quand
ne seroit jaia que pour le trop parler dontdōt il me
fauldroit uservser avec eulx.

HYLACHYLACTOR.

JeIe ne suis
pas de ton opinionopiniō. Vray est que jeje n’aynay point
encores parle devantdeuāt eulx. Mais sans cela que
j’avoyeiauoye en phantasie de trouvertrouuer premierementpremieremēt
quelq̄quelque compagnoncōpagnon qui sceut parler commecōme nous,
jeie n’eusseneusse pas tanttāt mis a leur dire quelq̄quelque chose:
car j’enien vivroyeviuroye mieux, plus honnorablementhōnorablement,
& magnifiquementmagnifiquemēt. Ma parolle seroit preferee
a celle de tous les hommeshōmes, quoy que jeie disse:
Car incontinentincōtinēt que j’ouvriroyeiouuriroye la bouche pour
parler, l’onlon feroit silencesilēce pour m’escoutermescouter. H ij
[30]
Ne scay jeie pas bien que c’estcest que des hommeshōmes?
Ilz se faschentfaschēt voulentiersvoulētiers des choses presentes,
accoustumees, familieres, & certaines, & ay-
ment tousjourstousiours mieulx les absentes, nouvel-
les
nouuel-
les
, estrangeres, & impossibles. Et sont si sot-
tement curieux, qu’ilquil ne fauldroit qu’unequne petite
plume qui s’eslevastsesleualt de terre le moinsmoīs du mondemōde
pour les amuser tous quantzquātz qu’ilzquilz sont.

PAM-
PHAGUS
PAM-
PHAGVS
.

Il n’y anya rien si vray, que les hommeshōmes
se fachent d’ouyrdouyr parler l’unglung l’autrelautre, & voul-
droyent bien ouyr quelque chose d’ailleursdailleurs
que d’eulxdeulx mesmes. Mais considerez aussi,
qu’aqua la longuelōgue il leur ennuiroitēnuiroit de te ouyr causer.
UngVng present n’estnest jamaisiamais si beau ne si plaisant
qu’aqua l’heurelheure qu’onquō le presente, & que avecauec belles pa
rolles on le faict trouvertrouuer bon. On n’ana jamaisiamais tanttāt
de plaisir avecauec Lycisca que la premiere foys que
l’onlon la couvrecouure. UngVng collier n’estnest jamaisiamais si neuf,
que le premier jouriour qu’onquō le mect: Car le tempstēps en-
vieillit
en-
uieillit
toutes choses, & leur faict perdre la gra-
ce de nouveautenouueaute. Aurait l’onlon prou ouy parler les
chienschiēs, on vouldroit ouyouyr parler les chatz, les beufs
les chevrescheures, leles ouailles, les asnes, les porceaulx,
les pulces, les oyseaulx, les poissons, & toꝰtous aul
tres animaulx. Et puis qu’auroitquauroit l’onlon davantagedauātage
quandquād tout seroit dict? Si tu consideres bien, il
vault mieulx que tu soys encores a parler, que
si tu eusse desjadesia tout dict.

HYLACHYLACTOR.

Or jeie ne
[30v]
m’enmen pourrois pas tenir longuementlonguemēt.

PAM-
PHAGUS
PHAMP-
PHAGVS
.

JeIe m’en raporte a toy, on te aura en
fort grandgrād admirationadmiratiō pour ungvng tempstēps, on te pri-
sera beaucoup, tu mengerasmēgeras de bonsbōs morceaulx,
tu sera[sic] bienbiē servyseruy de tout, excepte que l’onlon ne te
dira pas, duquelduq̄l voulez vous? car tu ne boys pointpoīt
de vin, commecōme jeie croy: au reste, tu auras tout ce que
tu demanderas: Mais tu ne seras pas en telle li
berte que tu desireroys: Car bien souventsouuent il te
fauldra parler a l’heurelheure que tu vouldrois dor-
mir, & prendre ton repos. Et puis jeie ne scay
si a la fin on se faschera point de toy. Or il est
tempstēps de nous retirer par devers noz gensgēs, allonsallōs noꝰnous
en a eulx: mais il fault faire semblantsemblāt d’avoirdauoir bienbiē
couru & travailletrauaille, & d’estredestre hors d’aleinedaleine.

HY-
LACT
HY-
LACTOR
.

Qu’estQuest ce que jeie voy la au chemin?


PAMPHAGUSPAMPHAGVS.

C’estCest ungvng paquet de lettres,
qui est tumbetūbe a quelcūquelcun.

HYLACTHYLACTOR.

JeIe te prie
desplie le, & regarde veoir que c’estcest, puis que tu
scais bienbiē lire.

PAMPHAGUSPAMPHAGVS.

Aux antipodes
superieurs.

HYLHYLACTOR.

Aux antipodes superieurs? jeie
croy qu’ilquil y aura q̄lq̄quelque chose de nouveaunouueau.

PAMPAMPHAGUS.


Les Antipodes inferieurs, Aux antipodes su-
perieurs.

HYLHYLACTOR.

Mon dieu, qu’ellesquelles viennent de
bienbiē loing.

PAMPAMPHAGUS.

Messieurs les Antipodes, par
le desir que nous avonsauōs de humainementhumainemēt conversercōuerser
avecauec vous, a celle fin d’apprendredapprēdre de voz bonnes
facons de vivreviure, & vous communiquercōmuniq̄r des nostres, H iij
[31]
suyvanssuyuans le conseilcōseil des astres, avionsauions faict passer
par le Centre de la terre aulcuns de noz gens
pour aller par deversdeuers vous : mais vous ayans
aperceu cela, leur avezauez estouppe le trou de vo-
stre coste, de sorte, qu’ilquil fault qu’ilzquilz demeurent
aux entrailles de la terre. Or nous vous prions
que vostre bon plaisir soit leur donnerdōner passage:
autrement nous vous en feronsferōs sortir par dela
de tanttāt de costez, & en si grande abundanceabundāce, que
vous ne scaurez au quel courir: Tellement, que
ce que l’on vous prie de faire de grace & amour, se-
rez contrainscōtrains souffrir par force, a vostre grande
hontehōte & confusion. Et Adieu soyez. Voz bons
amys les Antipodes inferieurs.
Voyla bienbiē des
nouvellesnouuelles.

HYLHYLACTOR.

C’estCest mon, & merveilleusesmerueilleuses.


PAMPAMPHAGUS.

Escoute, on me husche, il m’enmen fault aller.
nous lirons le demeurant des lettres unevne aultre
foys.

HYLHYLACTOR.

Mais ou est ce que tu les mettras?
Cache les la en quelque trou de cette pyrami-
de, & les couvrecouure d’unedune pierre, on ne les trouve-
ra
trouue-
ra
jamaisiamais, & puis au jourd’huyiourdhuy a quelque heure
si nous sommes de loysir, ou demain qui est le
jouriour des Saturnales, nous les viendronsviēdrōs acheveracheuer
de lire: car j’espereiespere qu’ilquil y aura quelques bonnes
nouvellesnouuelles, aussi bien te veulx jeie apprendreapprēdre plu-
sieurs belles fables, que j’ayiay ouy racompterracōpter autre-
foys: commecōme la fable de Prometheus, la fable du
grandgrād Hercules de Libye, la fable du jugementiugement
[31v]
de Paris, la fable de Saphon, la fable de Erus qui
revesquitreuesquit, & la chanson de Ricochet, si d’ad-
venture
dad-
uēture
tu ne la scaiz.

PAMPHAGPAMPHAGUS.

Tu m’enmen
bailles bien. jeie suis tout berse te telles matie-
res. HastonsHastōs nous, jeie te prie, & nous taisons,
que noz gensgēs qui sont icy pres, ne nous oyent
parler.

HYLACTOR.

JeIe ne parleray doncdōc
meshuy? Si feray par Diane, si jeie puis estre en
nostre maisonmaisō: car jeie ne m’enmen pourroie plꝰplus tenir.
Adieu donc.

PAMPAMPHAGUS.

Et nonblien’oublie pas de bien ou
vrir
ou
urir
la bouche, & tirer la languelāgue, affin de faire
les mines d’avoirdauoir bienbiē couru.

PAMPAMPHAGUS.

Ce follastre
Hylactor ne se pourra tenir de parler, affin que
le monde parle aussi de luy. Il ne scauroit dire
si peu de parolles qu’ilquil n’assemblistnassemblist tantosttātost beau
coup de gens, & que le bruit n’ennen coure incon-
tinent par toute la ville, tant sont les hommes
curieux, & devisansdeuisans volūtiersvoluntiers des choses nou-
velles
nou-
uelles
& estrangeres.


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