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[16v]


Dialogue III.

Les Personnages.


Mercure, Cupido, Celia, Phlegon, Sta-
tius,
Ardelio.


MERCUREMERCVRE.


ENcores suis jeie grandementgrādemēt esmer-
veille
esmer-
ueille
comment il peult avoirauoir si
belle patience. le forfaict de Ly-
caon, pour lequel il fit jadisiadis ve-
nir le deluge sur la terre, n’estoitnestoit
point tanttāt abominable que cestuy cy. JeIe ne scay
a quoy il tienttiēt, qu’ilquil n’en a desjadesia du tout fouldroye
& perdu ce malheureux monde, de dire que
ces traistres humains non seulement luy ayentayēt
ose retenir son livreliure, ou est toute sa prescien-
ce: Mais encores, comme si c’estoitcestoit par injureiniure
& mocquerie, ilz luy en ont envoyeenuoye ungvng au
lieu d’icelluydicelluy, contenantcontenāt tous ses petiz passetempspassetēps
d’amoursdamours, & de jeunesseieunesse, lesquelz il pensoyt
bien avoirauoir faictz a cachette de JunoIuno, des dieux E
[17]
& de tous les hommes: Comme quand il se
feit Taureau pour ravirrauir Europe: Quand il se
desguisa en Cygne pour aller a Laeda: QuandQuād
il print la forme d’AmphitriondAmphitriō, pour coucher
avecauec Alcmena : quand il se transmuatrāsmua en pluye
d’ordor, pour jouyriouyr de danae: quandquād il se transformatrāsforma
en Diane, en Pasteur, en Feu, en aigle, en Ser-
pent
Ser-
pēt
, & plusieurs aultres menues follies, qu’ilquil
n’appertenoitnappertenoit point aux hommeshōmes de scavoir, &
encore moins les escrire. Pensez si JunoIuno trou
ve
trou
ue
unevne foys ce livreliure, & q̄llequ’elle vienne a lire tous
ces beaulx faictz, quelle feste elle luy menera?
JeIe m’esbahismesbahis commentcommēt il ne m’ama gette du hault
en bas, comme il fit jadisiadis Vulcanus: lequel en
est encor boiteux du coup qu’ilquil print, & sera
toute sa vie. JeIe me fusse rompurōpu le col, car jeie n’a-
vois
na-
uois
pas mes talaires aux piedz pour voler,
& me garder de tumber. Il est vray que ce a
este bien ma faulte en partie: car jeie y devoyedeuoye
bien prendre garde de par dieu avantauant que l’em-
porter
lem-
porter
de chez le relieur: mais qui eusse jeie faict?
c’estoitcestoit la veille des Bacchanales, il estoit pres
que nuyt, & puis tant de commissions que jeie
avoysauoys encores a faire, me troubloyent si fort
l’entendementlentēdemēt, que jeie ne scavoyescauoye que jeie faisoye.
D’aultreDaultre part, jeie me fioye bien au relieur, car
il me sembloit bien bon homme, aussi est il,
[17v]
quant ne seroit jaia que pour les bonsbōs livresliures qu’ilquil
relie & manie tous les joursiours. j’ayiay este vers luy
depuis, il m’ama jureiure avecauec grandz sermens, qu’ilquil
m’avoitmauoit rendurēdu le mesme livreliure, que jeie luy avoyeauoye
baille, dont jeie suis bien asseure qu’ilquil ne m’ama pas
este change en ses mains. Ou est ce que jeie fuz
ce jouriour la? il m’ymy fault songer. Ces meschans
avecauec lesquelz jeie beu en l’hostellerielhostellerie du char-
bon blanc, le m’auroyentmauroyent ilz point desrobe, &
mys cestuy cy en son lieu? Il pourroit bien
estre, car jeie m’absentaymabsentay d’eulxdeulx assez long tempstēps,
ce pendant qu’onquon estoit alle tirer le vin. Et par
mon serment, jeie ne scay comment ce vieulx
rassotte n’ana honte? Ne pouvoitpouuoit il pas avoirauoir veu
aultrefoys dedans ce livreliure (ouquel il cognois-
soit toutes choses) que icelluy livreliure devoitdeuoit q̄l-
que
quel-
que
foys devenirdeuenir? JeIe croy que sa lumiere l’ala es-
blouy : car il failloit[sic] bien que cestuy accident
y fust predict, aussi bien que tous les aultres:
ou que le livreliure fust faulx. Or, s’ilsil s’ensen courrous-
se, qu’ilquil s’ensen deschausse, jeie n’yny scaurois que fai-
re. Qu’estQuest ce qu’ilquil m’ama baille icy en memoire?
De par JupiterIupiter l’altinonantlaltinonant soit faict ungvng cry
publique par tous les carrefours Dathenesd’Athenes,
& s’ilsil est besoing, aux quatre coings du mon-
de, que s’ilsil y a personne qui ayt trouvetrouue ungvng li-
vre
li-
ure
intitule : Quae in hoc libro continentur : E ij
[18]
Chronica rerumrerū memorabiliummemorabiliū, quas JupiterIupiter ges
sit antequam esset ipse. Fatorum praescriptumpraescriptū,
sivesiue eorum quae futura sunt, certęcertae dispositio-
nes. Catalogus heroum immortalium qui cum
JoveIoue vitamvitā victuri sunt sempiternamsempiternā
. Ou s’ilsil
y a quelcun qui sache aulcune nouvellenouuelle d’icel-
luy
dicel-
luy
livreliure, lequel appertient a JupiterIupiter, qu’ilquil le
rende a Mercure, lequel il trouveratrouuera tous les
joursiours en l’academielacademie, ou en la grand place, &
icelluy aura pour son vin la premiere reque-
ste qu’ilquil luy fera. Que s’ilsil ne le rendrēd dedansdedās huict
joursiours apres le cry faict, JupiterIupiter a delibere de
s’ensen aller par les douze maisons du ciel, ou il
pourra aussi bien devinerdeuiner celuy qui l’auralaura, que
les astrologues : dont fauldra que icelluy qui
l’ala, le rende non sans grande confusioncōfusion, & pu-
nition de sa personne. Et qu’estquest ce cy? Memoi-
re a Mercure de bailler a Cleopatra de par
JunoIuno, la recepte qui est cy dedans ce papier
ployee, pour faire des enfans, & en delivrerdeliurer
avecauec aussi grande joyeioye que quand on les con-
ceoit: & apporter ce qui s’ensuytsensuyt. Voire dea
apporter, jeie lale feray tantost: attendez vous y.
Premierement ungvng perroquet qui sache chan-
ter
chā-
ter
toute L’IliadeLiliade d’HomereDhomere. UngVng corbeau, qui
puisse causer & harenguerharēguer a tous propos. UneVne
pie qui sache tous les preceptes de philosophie.
[18v]
UngVng Singe, qui joueioue au quillard. UneVne guenonguenō,
pour luy tenir son miroir le matin quand elle
s’accoustresaccoustre. UngVng miroir d’acierdacier de Venise, des
plus grandzgrādz qu’ilquil pourra trouvertrouuer. De la Civet-
te, de la Ceruse, UneVne grosse de lunettes, des
Gandz perfumez. Le Carequant de pierrerie
qui faict faire les cent nouvellesnouuelles nouvellesnouuelles.
OvideOuide Dede l’artlart d’aymerdaymer, & six paires de poten-
ces d’hebeneDhebene. JeIe ne puisse jamaisiamais remonter
aux cieulx, si jeie faiz rien de tout cela, & voyla
son memoire & sa recepte en pieces, elle yra
chercher ungvng autre vallet que moy, par le cor-
bieu. CommentCōment me seroit il possible de porter
toutes ses besongnes la hault? Ces femmes
icy veulent que l’onlon leur face mille servicesseruices,
comme si l’onlon estoit bien tenu a elles : mais
au diable l’unelune qui dye, tien Mercure, voy la
pour avoirauoir ungvng feutre de chappeau. Et puis
qu’estquest cecy? Memoire a Mercure de dire a Cu-
pido de par sa mere VenꝰVenus (ha, est ce vous Ve
nus? vous serez obeye vrayementvrayemēt) que le plus
tost qu’ilquil pourra, il s’ensen voise tromper & abu-
ser ces Vestales (lesquelles cuydentcuydēt estre si sa-
ges & prudentesprudētes) pour leur remonstrerremōstrer ungvng pe-
tit leur malheureuse follie & temerite. Et que
pour ce faire, il s’adressesadresse a SomnusSōnus, qui luy pre-
stera voluntiers de ses garsons, avecauec lesquelz E iij
[19]
il yra de nuict a icelles Vestales, & leur fera
taster & trouvertrouuer bon en dormantdormāt ce qu’enquen veil
lant
veil
lāt
elles ne cessent de blasmer: & qu’ilquil escoute
bien les propos de regretz & repentancesrepētances que
chascune tiendra a par soy, pour luy en man-
der
mā-
der
toutes nouvellesnouuelles bien au long, & le plus
tost qu’ilquil luy sera possible. ItemItē dite a ces dames
& damoyselles, qu’ellesquelles n’oublientnoublient pas leurs
touretz de nez quand elles yront par la ville,
car ilz sont bien bons pour le rire & mocquer
de plusieurs choses que l’onlon voit, sans que le
mondemōde s’ensen apercoiveapercoiue. Item advertiraduertir ces jeunesieunes
filles q̄llesqu’elles ne faillentfaillēt pas d’arrouserdarrouser leurs vio-
lettes deversdeuers le soir, quand il fera seicheresse:
& qu’ellesquelles ne se voisent pas coucher de si bon-
ne heure qu’ellesquelles n’ayentnayent receu & donnedōne le bon
soir a leurs amys: & qu’ellesquelles se donnentdōnēt bien gar
de de se coiffer sans miroir, & qu’ellesquelles appren
nent
apprē-
nēt
& recordent souventsouuent toutes les chansons
nouvellesnouuelles. Qu’ellesQuelles soyent gracieuses, courtoi-
ses & amyables aux amansamās. Qu’ellesQuelles ayentayēt plu-
sieurs Ouyz aux yeulx, & force NennyzNēnyz en la
bouche: & que sur tout elles se facentfacēt bienbiē prier
a tout le moins que par leurs dictz elles ne vien-
nent
viē-
nent
point si tost a declairer leur voluntevolūte, ains
qu’ellesquelles la dissimulentdissimulēt le plus qu’ellesquelles pourront,
pource que c’estcest tout le bon. la parolle faict le
[19v]
jeuieu. Bien. il n’yny aura point de faulte, si jeie treu-
ve
treu-
ue
Cupido. Encores des commissionscōmissions? Ha, c’estcest
ma dame MinerveMinerue. jeie cognois bien son escri-
pture. Certes jeie ne lui vouldroye faillir, pour
perdre mon immortalite. Memoire a Mer-
cure de dire aux Poetes de par MinerveMinerue, qu’ilz se
deportentdeportēt de plꝰplus escrire l’unglūg contrecōtre l’autrelautre, ou elle
les desadvoueradesaduouera, car elle n’ennen ayme ny appreu
ve
appreu-
ue
aucunementaucunemēt la faconfacō, & qu’ilz ne s’amusentsamusēt pointpoīt
tant a la vaine parolle de mensonge, qu’ilzquilz ne
prennentprēnent garde a l’utilelutile silencesilēce de verite. Et que
s’ilzsilz veullentveullēt escrire d’amourdamour, que ce soit le plus
honestementhonestemēt, chastementchastemēt & divinementdiuinemēt qu’il leur
sera possible, & a l’exemplelexemple d’elledelle. DavantageDauantage,
scavoirscauoir si le poete Pindarus a riens encores
mis en lumiere, & recouvrerrecouurer tout ce qu’ilquil au-
ra faict, & apporter tout ce qu’ilquil pourra trou-
ver
trou-
uer
de la faconfacō des painctres, Apelles, Zeuxis,
Parrasius, & aultres de ce temps, mesmementmesmemēt
touchant le faict de broderie, tapisserie, & pa-
trons d’ouvragesdouurages a l’esguillelesguille. Et advertiraduertir tou-
te la compagnie des neuf Muses, qu’ellesquelles se
donnent bien garde d’ungdung tas de gensgēs qui leurs
font la court faisans semblant les servirseruir & ay-
mer, mais ce n’estnest que pour quelque temps, a-
fin qu’ilzquilz acquerentacquerēt bruyt & nom des poetes,
& que par le moyenmoyē d’ellesdelles (comme de toutes
[20]
aultres choses dont ilz se scaventscauent bien ayder)
ilz puissent trouvertrouuer acces enversenuers Plutus, pour
les richesses, duquel elles se sont veu souventsouuent
estre mesprisees & abandonnees, dont elles
devroyentdeuroyēt bienbiē estre sages doresenavantdoresenauāt. Vraye-
ment ma dame MinerveMinerue, jeie le feray pour l’a-
mour
la-
mour
de vous. Qui est cestuy la qui vole la?
Par dieu jeie gage que c’estcest Cupido. Cupido?


CUPIDOCVPIDO.

Qui est ce la? he, bon jouriour Mercu-
re: est ce toy? & puis quelles nouvellesnouuelles? Que
se dict de bon la hault en vostre court celeste?
JupiterIupiter est il plus amoureux?

MERCUREMERCVRE.


Amoureux de par le diable? il n’ana garde pour
le present: mais la memoire & souvenancesouuenance de
ses amours luy torne maintenant en grand
ennuy, & fascherie.

CUPIDOCVPIDO.

CommentCōment doncdōc?


MERCUREMERCVRE.

Pource que ces paillars humainshumaīs
en ont faict ungvng livreliure, lequel de male adven-
ture
aduen-
ture
jeie luy ay apporte au lieu du sien, ou il re-
gardoit tousjourstousiours quant il vouloit comman-
der quel temps il devoitdeuoit faire, lequel j’estoyeiestoye
alle faire relier: mais il m’ama este change: jeie m’en
voys
men
voys
pour le faire crier a son de trompe, affin
que s’ilsil y a quelcun qu’ilquil l’aytlayt, qu’ilquil le renderēde. il m’enmen
a bien cuide manger.

CUPIDOCVPIDO.

Il me sem-
ble que j’ayiay ouy parler d’ungdūg livreliure le plus mer-
veilleux
mer-
ueilleux
que l’onlon vit oncques, que deux com-
[20v]
pagnons ont, avecauec lequel (ainsi qu’onquon dict)
ilz disent la bonne adventureaduenture a ungvng chascun,
& scaventscauent aussi bien devinerdeuiner ce qui est a ve-
nir, que jamaisiamais fit Tyresias, ou le Chesne de
Dodone. Plusieurs Astrologues briguentbriguēt pour
l’avoirlauoir, ou en recouvrerrecouurer la copie: Car ilz di-
sent qu’ilzquilz feroyentferoyēt leurs Ephemerides, Prono-
stications, & Almanachs beaucoup plus seurs
& veritables. Et davantagedauantage, ces gallantz pro-
mettent
pro-
mettēt
aux gens de les enroler au livreliure d’im-
mortalite
dim-
mortalite
pour certaine sommesōme d’argentdargēt.

MER-
CVR
MER-
CURE
.

Voire? Par le corbieu c’estcest ce livreliure la sanssās
aultre. Il n’y anya que dangerdāger qu’ilzquilz n’yny escriventescriuent des
usuriersvsuriers, rongeurs de povrespoures gens, des bou-
gres, des larrons, & qu’ilzquilz en effacent des gens
de bien, pource qu’ilzquilz n’ontnōt que leur donnerdōner. Ju-
piter
Iu-
piter
en auroit bien de par le diable. Et ou les
pourroys jeie trouvertrouuer?

CUPIDOCVPIDO.

JeIe ne t’en scau
rois que dire: car jeie ne suis point curieux de
ces matieres la. JeIe ne pense sinon a mez[sic] petiz
jeuxieux, menuz plaisirs, & joyeuxioyeux esbattemens,
& entretenir ces jeunesieunes dames, a joueriouer au ca-
chemouchet au domicile de leurs petiz cueurs
ou jeie picque & laisse souventsouuent de mes legeres
flesches, a voltiger par leurs cerveaulxcerueaulx, & leurs
chatoiller leurs tendrestēdres mouelles, & delicattes
entrailles a me monstrer & promener dedans F j
[21]
leurs ryansryās yeulx, ainsi qu’enquē belles petites galle
ries, a baiser & succer leurs levresleures vermeilles,
a me laisser couler entre leurs durs tetins,
& puis de la me desrober, & m’enmen aller en la
vallee de joyssanceioyssance, ou est la fontaine de jouven
ce
iouuē
ce
, en laq̄llelaquelle jeie me joueioue, jeie me rafreschy & re-
cree, & y faiz mon heureux sejourseiour.

MERCMERCURE.


Ta mere m’ama icy baille ungvng memoire pour
t’advertirtaduertir de quelque chose: Tien, tu le verras
tout a loisir, & feras le contenu: car j’ayiay grand
haste. adieu.

CUPIDOCVPIDO.

Tout beau, tout beau
seigneur Mercure.

MERCVRMERCURE.

Vertubieu,
tu me arracheras mes talaires, laisse moy aller
Cupido jeie te prie, jeie n’aynay pas si grande envyeenuye
de joueriouer que toy.

CVPIDCUPIDO.

PourtantPourtāt que jeie suis
jeunetteieunette, amy n’en prenez esmoy, jeie feroys my-
eulx la chosette qu’unequne plꝰplus vieille que moy.

MER-
CURE
MER-
CVRE
.

Ha, que tu as bon tempstēps, tu ne te sou-
cyes gueres s’ilsil doit plouvoirplouuoir ou neiger commecōme
faict notre JupiterIupiter, lequel en a perdu le livreliure.


CUPIDOCVPIDO.

TousjoursTousiours les amoureux auront
bon jouriour, TousjoursTousiours & en tout tempstēps les amou-
reux auront bon temps.

MERCUREMERCVRE.

Voire
voire, nous en sommes bien.

CUPIDOCVPIDO.

Il y a
ma damoyselle il y a jeie ne scay quoy. Qui est
ceste belle jeuneieune fille, que jeie voy la bas en ungvng
verger seulette? Est elle point encore amou-
[21v]
reuse? il fault que jeie la voye en face. Nenny, &
touteffoys jeie scay bien que son amy languit
pour l’amourlamour d’elledelle. Ha, vous aymerez belle
dame sans mercy, avantauant qu’ayezquayez marche trois
pas.

CELIA.

O ingrate & mescognoissan-
te que jeie suis. en quelle pienepeine est il maintenantmaintenāt
pour l’amourlamour de moy? Or cognois jeie a ceste
heure (mais las c’estcest bienbiē trop tard) que la puis-
sance
puis-
sāce
d’amourdamour est merveilleusementmerueilleusemēt grandegrāde, & que
l’onlon ne peult evitereuiter la vengence d’iceluydiceluy. N’ayNay
jeie pas grand tort d’ainsidainsi mespriser & escondui-
re
escōdui-
re
cestuy qui m’aymemayme tant? voire plus que soy
mesmes? Veulx jeie tousjourstousiours estre autantautāt insen-
sible qu’unequne statue de marbre? VivrayViuray jeie tous-
jours
tous-
iours
ainsi seulette? Helas, il ne tienttiēt qu’aqua moy:
ce n’estnest que ma faulte, & folle opinion. Ha pe
tiz oysillons, que vous me chantez & monstrezmōstrez
bien ma lecon, que nature est bonne mere de
m’enseignermenseigner, par vos motetz & petitz jeuxieux,
que les creatures ne se peuventpeuuent passer de leurs
semblables. Or vous feroys jeie voluntiers unevne
requeste, c’estcest que vous ne m’importunissiezmimportunissiez plus
par voz menuz jargonsiargōs: car j’entendzientēdz trop ce que
voꝰvous voulez dire: & que ne me feissiez plus veoir
les spectacles de voz amoureux assemblemensassemblemēs:
car cela ne me peult resjouyrresiouyr, ains me faict ju
ger
iu
ger
que jeie suis la plꝰplus malheureuse creature qui F ij
[22]
soit en ce monde. Helas quandquād reviendrareuiendra il mon
amy? J’ayIay grandgrād paour que jeie ne luy aye este si
farrouche, qu’ilquil ne retourne plus. si fera, s’ilsil
m’ama autant aymee ou ayme encores, comme
jeie l’aymelayme maintenant. Il me tarde bien que jeie
ne le voy : s’ilsil revientreuient jamaisiamais, jeie luy seray plus
gracieuse, & luy feray bienbiē ungvng plus doulx ra-
cueil[sic]
, & meilleur traictement, que jeie n’aynay pas
faict par cy devantdeuāt.

CUPIDOCVPIDO.

Va va de par
dieu va, dict la fillette, puis que remede n’yny
puis mettre. Or, elle est bien la bonne dame,
elle en a ce qu’ilquil luy en fault.

MERCUREMERCVRE.


N’estNest ce pas pitie, soit que jeie vienne en terre,
ou que jeie retourne aux cieulx, tousjourstousiours le
monde, & les dieux me demandent, si j’ayiay, ou
si jeie scay rienriē de nouveaunouueau. il fauldroit unevne mer
de nouvellesnouuelles, pour leur en pescher tous les
joursiours de fresches. JeIe vous diray, a celle fin que
le monde ayt de quoy en forger, & que j’enien
puisse porter la hault, jeie m’enmen voys faire tout
a ceste heure, que ce chevalcheual la parlera a son
palefernier[sic], qui est dessus, pour veoir qu’ilquil di-
ra : ce sera quelque chose de nouveaunouueau a tout
le moins. Gargabanado Phorbantas Sarmo-
toragos. O, qu’ayquay jeie faict? j’ayiay presque profere
tout hault les parolles qu’ilquil fault dire pour fai-
re parler les bestes. JeIe suis bien fol, quant jeie y
[22v]
pensepēse, si j’eusseieusse tout dict, & qu’ilquil y eust icy quel-
cun qui m’eustmeust ouy, il en eust peu apprendre la
science.

PHLEGON,

LE CHEVAL. Il
a este ungvng tempstēps que les bestes parloyent: mais
si le parler ne nous eust point este oste non plus
qu’aqua vous, vous ne nous trouverieztrouueriez pas si be-
stes que vous faictes.

STATIUSSTATIVS.

Qu’estQuest ce a
dire cecy? Par la vertu bieu, mon chevalcheual parle.


PHLEGON.

Voire dea, jeie parle, & pour
quoy non? Entre vous hommes, pource que
a vous seulz la parolle est demouree, & que
nous povrespoures bestes n’avonsnauons point d’intelligen-
ce
dintelligē-
entre nous, par cela que nous ne pouvonspouuons
rien dire, vous scavezscauez bien usurpervsurper toute puis
sance sur nous, & non seulementseulemēt dictes de nous
tout ce qu’ilquil vous plait, mais aussi vous montezmōtez
sur nous, vous nous picquez, vous nous bat-
tez: il fault que nous vous pourtionspourtiōs, que nous
vous vestions, que nous vous nourrissions, &
vous nous vendez, vous nous tuez, vous nous
mangez. Dont vient cela? c’estcest par faulte que
nous ne parlons pas. Que si nous scavionsscauiōs par-
ler, & dire noz raisons, vous estes tant hu-
mains (ou devezdeuez estre) que apres nous avoirauoir
ouy, vous nous traicteriez aultrement, commecōme
jeie pense.

STATIUSSTATIVS.

Par le morbieu il ne fut
oncques parle de chose si estrangeestrāge que ceste cy F iij
[23]
Bonnes gens, jeie vous prie venez ouyr ceste
merveillemerueille, autrement vous ne le croiryez pas.
Par le sambieu mon chevalcheual parle.

ARDELARDELIO.


QuiQu’y a il la, que tant de gens y accourent, &
s’assemblentsassemblēt en ungvng troupeau? Il me fault veoir
que c’estcest.

STATIUSSTATIVS.

Ardelio, tu ne scay
pas, par le corbieu mon chevalcheual parle.

AR-
DELIO.

Diz tu? voyla grand merveillemerueille. Et
que dict il?

STATIUSSTATIVS.

JeIe ne scay: car jeie suis
tant estonne d’ouyrdouyr sortir parolles d’unedune telle
bouche, que jeie n’entendznentendz point a ce qu’ilquil dict.


ARDELIO.

Metz pied a terre, & l’escoutonslescoutōs
ungvng petit raisonner. Retirez vous messieurs
s’ilsil vous plait, faictes place, vous verrez aussi
bien de loing que de pres.

STATIUSSTATIVS.

Or
ca, que veulx tu dire belle beste, par tes pa-
rolles?

PHLEGON,

Gens de bien, puis qu’ilquil
a pleu au bon Mercure de m’avoirmauoir restitue le
parler, & que vous en voz affaires prenez bienbiē
tant de loisir de vouloir escouter la cause d’ungdūg
povrepoure animau que jeie suis, vous devezdeuez scavoirscauoir
que cestuy mon palefrenier me faict toutes
les rudesses qu’ilquil peult, & non seulement il
me bat, il me picque, il me laisse mourir de
fain, Mais.

STATIUSSTATIVS.

JeIe te laisse mourir
de fain?

PHLEGON.

Voire, tu me lais-
ses mourir de fain.

STATIUSSTATIVS.

Par la mor-
[23v]
bieu vous mentezmētez, & si vous le voulez souste-
nir, jeie vous couperay la gorge.

ARDELIO.


Non ferez dea, seriez vous bien si hardy,
de tuer ungvng chevalcheual qui scait parler? Il est pour
faire ungvng presentpresēt au roy Ptolomee[sic] le plus ex-
quis qu’onquon vist jamaisiamais. Et si vous advertizaduertiz bienbiē
que tout le tresor de Cresus ne le pourroit pas
payer. Pource advisezaduisez bienbiē que vous ferez, &
ne le touchez point, si vous estes sage.

STA-
TIUS
STA-
TIVS
.

Pourquoy dict il donc ce qui n’estnest pas
vray?

PHLEGON.

Te souvientsouuient il point
quant dernierement on t’avoittauoit baille de l’ar-
gent
lar-
gent
pour la despencedespēce de quatre chevaulxcheuaulx que
nous sommes, que tu faisois ton comptecōpte ainsi.
Vous avezauez force fein, & force paille, faictes
grand chere, vous n’aureznaurez que pour tant d’a-
veine
da-
ueine
le jouriour, la reste sera pour aller banque-
ter avecauec mamyem’amye.

STATIUSSTATIVS.

Il t’eustteust myeux
valu que tu n’eussesneusses jamaisiamais parle: ne te soucyes.


PHLEGON.

Encores ne m’enmen chault il de
tout cela: mais quant jeie rencontrerencōtre quelque ju-
ment
iu-
ment
au moys que nous sommes en amour
(ce qui ne nous advientaduient qu’unequne foys l’anlan) il ne
me veult pas souffrir monter sur elle, & tou-
tesfois jeie le laisse bienbiē tant de foys le jouriour mon
ter

ter
sur moy. Vous hommeshōmes voulez ungvng droict
pour vous, & ungvng aultre pour voz voisins.
[24]
Vous estes bien contens d’avoirdauoir tous voz plai
sirs naturelz: mais vous ne les voulez pas lais
ser prendreprēdre aux autres, & mesmement a nous
povrespoures bestes. CombienCōbien de fois t’aytay jeie veu ame
ner des garses en l’establelestable pour coucher avecauec
toy? CombienCōbien de fois m’ama il fallu estre tesmoing
de ton beau gouvernementgouuernement? JeIe ne te vouldrois
pas requerir que tu me laissasses ainsi amener
des jumensiumens en l’establelestable pour moy, comme tu
amaine[sic] des garses pour toy: Mais quant nous
allons aux champs, tu le me pourrois bienbiē lais
ser faire en la saison, a tout le moins ungvng petit
coup. Il y a six ans qu’ilquil me chevauchecheuauche: & si ne
m’ama pas encores laisse faire cela unevne povrepoure foys.


ARDELIO.

Par dieu tu as raison mon amy,
tu es le plus gentil chevalcheual, & la plus noble
beste, que jeie veiz jamaisiamais, Touche la, j’ayiay unevne
JumentIument, qui est a ton commandement, jeie la
te presteray voluntiers, pource que tu es bon
compaignoncompaignō, & que tu le vaulx, tu en feras ton
plaisir. Et de ma part, jeie serois tresaise, & joy-
eulx
ioy-
eulx
si jeie pouvoispouuois avoirauoir de ta semence, quant
ce ne seroit jaia que pour dire, voyla de la rache[sic] du
chevalcheual qui parloit.

STATIUSSTATIVS.

Par le cor-
bieu jeie vous en garderay bien, puis que vous
vous estes mesle de parler si avantauant. Sus sus, al-
lons, & vous deliberez de trotter hardiment,
[24v]
& ne faictes point la beste si vous estes sage
que jeie ne vous avanceauance bien de ce baston.

AR
DELIO.

Adieu adieu compagnon, te voyla
bien peneux de ce que ton chevalcheual a si bienbiē par-
le a toy.

STATIUSSTATIVS.

Par la vertubieu jeie l’ac-
coustreray
lac-
coustreray
bien si jeie puis estre a l’establelestable, quel-
que parleur qu’ilquil soit.

ARDELIO.

Or jamaisiamais
jeie n’eusseneusse creu qu’ungqung chevalcheual eust parle, si jeie ne
l’eusseleusse veu & ouy. voyla ungvng chevalcheual qui vault centcēt
milionsmiliōs d’escuzdescuz. CentCēt milionsmiliōs d’escuzdescuz? on ne le scau
roit trop estimer. JeIe m’en voysmēvoys contercōter le cas a mai
stre CerdoniꝰCerdonius, lequellq̄l ne l’obliraloblira pas en ces[sic] annal-
les.

MERCUREMERCVRE.

Voyla desjadesia quelq̄quelque chose de
nouveaunouueau pour le moins, jeie suis bienbiē ayse qu’ilquil y
avoitauoit belle compaigniecōpaignie de gensgēs, dieu mercy, qui
ont ouy & veu le cas. Le bruit en sera tantosttātost par
la ville, quelcunquelcū le mettra par escript, & par ad-
venture
ad-
uēture
qu’ilquil y adjousteraadioustera du sien pour enrichir
le comptecōpte. JeIe suis asseure que j’enien trouveraytrouueray tan-
tost
tā-
tost
la copie a vendrevēdre vers ces libraires. Ce pen
dant qu’ilquil viendraviēdra quelques aultres nouvellesnouuelles,
jeie m’enmen voys faire mes commissionscommissiōs, & specia-
lement chercher la trompette de la ville, pour
faire crier s’ilsil y a personne qui ayt point trou-
ve
trou-
ue
ce diable de livreliure.

G j

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