Dialogue II.
Les personnages.
Trigabus. Mercure. Rhetulus. Cuber-
cus. Drarig.
TRIGABUSTRIGABVS.
JeIe puisse mourir, Mercure, si tu es
qu’ungqung abuseur, & fusses tu filz de
JupiterIupiter troys foys, affin que jeie te
le dye. Tu es ungvng caut Varlet.
Te souvientsouuient il du bon tour que tu feiz onc-
ques puis ne fuz tu icy? Tu en baillas bien
a noz ResveursResueurs de Philosophes.
CommentCōment donc?
TRIGABUSTRIGABVS.CommentCōmēt?
Quant tu leur dis que tu avoisauois la pierre Phi-
losophale, & la leur monstras, pour laquelle
ilz sont encore en grant peine, dont ilz t’im-
portunerenttim-
portunerēt tanttāt par leurs prieres, que toy doub-
tant a qui tu la donneroys entiere, vins a la
briser, & mettre enē pouldre, & puis la respandizrespādiz
par l’areinelareine du theatre, ou ilz estoyentestoyēt disputansdisputās
(comme ilz ont de costume) a celle fin que
ungvng chascun en eust quelque peu, leur disant
qu’ilzqilz cherchassent bien, & que s’ilzsilz pouvoientpouuoiēt
[8v]
recouvrerrecouurer d’icelledicelle pierre philosophale, tant pe
tite piece fust elle, ilz feroientferoiēt merveillesmerueilles, trans-
muroyenttrās-
muroyent les metaulx, romproyent les bar-
res des portes ouvertesouuertes: gariroyent ceulx qui
n’auroyentnauroyent point de mal : Interpreteroyent
le langage des oyseaulx: Impetreroient facile-
ment tout ce qu’ilzquilz vouldroyent des Dieux,
pourveupourueu que ce fust chose licite, & qui deust
adveniraduenir, commecōme apres le beau temps la pluye,
fleurs & serain au printemps, en este poul-
dre & chaleurs, fruictz en autonne, froid &
fanges en hyverhyuer. bref qu’ilzquilz feroyentferoyēt toutes cho
ses, & plusieurs aultres. Vrayement ilz n’ontnont
cesse depuis ce temps de fouiller & remuer le
sable du theatre, pour en cuyder trouvertrouuer des
pieces. C’estCest ungvng passetemps que de les veoir
esplucher. Tu dirois proprement que ce sont
petiz enfans, qui s’esbattentsesbattent a la pouldrette, si-
non quant ilz viennentviēnent a se battre.
Et bien, n’ennen y a il pas eu ungvng qui en ayt trou-
vetrou-
ue quelque piece?
Pas ungvng, de par
le dyable : mais il n’y anya celui qui ne se vante
qu’ilquil en a grandegrāde quantiteqātite, tellement que si tout
ce qu’ilzquilz en monstrentmōstrent, estoit amasse ensemble,
il seroit dix foys plus gros que n’estoitnestoit la pier-
re en son entier.
Il pourroit bien e-
stre, que pour des pieces d’icelledicelle pierre philoso-
C j
[9]
phale, ilz auroient choisi par my le sable du
sable mesmes, & si n’yny auroit pas gueres a fai-
re: car il est bienbiē difficile de les cognoistre d’en-
treden-
tre le sable, pource qu’ilquil n’y anya comme point de
difference.
JeIe ne scay : mais
j’aiiay veu plusieurs affermer qu’ilzquilz en avoientauoient
trouvetrouue de la vraye, & puis bienbiē tost apres dou
bter si c’encen estoit, & finablement jetterietter la tou
tes les pieces qu’ilzquilz en avoientauoient, pour se mettre
a en chercher d’aultresdaultres. Puis de rechef apres
en avoirauoir bien amasse, ne se pouvoientpouuoient asseurer
ny persuader que c’encen fust: tellement que ja-
maisia-
mais ne fut exhibe ungvng tel jeuieu, ungvng si plaisantplaisāt
esbatement, ny unevne si noble fable, que ceste
cy. Corbieu, tu les nous as bien mis en beson-
gne, noz veaulx de philosophes.
N’ayNay pas?
Sambieu, jeie voul-
droie que tu eusses veu ungvng peu le desduit, com-
mentcō-
ment ilz s’entrebattentsentrebattent par terre, & comment
ilz ostent des mains l’unglung de l’aultrelaultre les myes
d’areinedareine qu’ilzquilz trouventtrouuent: commentcōment ilz rechignentrechignēt
entre eulx quant ilz viennent a confronter ce
qu’ilzquilz en ont trouvetrouue. L’ungLung se vante qu’ilquil en a
plus que son compagnon, l’autrelautre luy dict que
ce n’estnest pas de la vraye. L’ungLung veult enseigner
commecōme c’estcest qu’ilquil en fault trouvertrouuer, & si n’ennen peut
pas recouvrerrecouurer luy mesmes. L’autreLautre luy re-
[9v]spondre-
[9v]
spōd qu’ilquil le scait aussi bienbiē & mieulx que luy:
L’ungLung dict que pour en trouvertrouuer des pieces, il
se fault vestir de rouge & vert. L’aultreLaultre dict
qu’ilquil vauldroit mieulx estre vestu de jauneiaune &
bleu. L’ungLung est d’opiniondopinion qu’ilquil ne fault manger
que six fois le jouriour avec certaine diette. L’aul-
treLaul-
tre tient que le dormir avec les femmesfēmes n’yny est
pas bon. L’ungLūg dict qu’ilquil fault avoir de la chan
delle, & fust ce en plain mydi. L’autreLautre dict du
contraire. Ilz crient, ilz se demeinentdemeinēt, ilz se in-
jurientin-
iurient, & dieu scait les beaulx proces crimi-
nelz qui en sourdentsourdēt, tellementtellemēt qu’ilquil n’y anya court,
rue, temple, fontaine, four, molin, place, caba-
ret, ny bourdeau, que tout ne soit plein de
leurs parolles, caquetz, disputes, factions, &
enviesenuies. Et si en yay a aulcunaulcuns d’entredētre eulx qui sont
si oultrecuidez & opiniastres, que pour la gran
degrā
de persuasion qu’ilzquilz ont que l’areinelareine par eulx
choisie est de la vraye pierre philosophale, pro-
mettent rendre raison & jugeriuger de tout, des
cieulx, des champs Elisiens, de vice, de ver-
tu, de vie, de mort, de paix, de guerre, du pas-
se, de l’advenirladuenir, de toutes choses & plusieurs
aultres, tellement qu’ilquil n’y anya rien en ce mon-
de, de quoy il ne faille qu’ilzquilz en tiennent leurs
propos, voire jusquesiusques aux petis chiens des
garses des Druydes, & jusquesiusques aux pou-
C ij
[10]
pees de leurs petis enfans. Il est bienbiē vray qu’ilquil
en y a quelques ungsvngs (ainsi que j’ayiay ouy dire)
lesquelz on estime en avoirauoir trouvetrouue des pieces:
mais icelles n’ontnōt eu aucune vertu ne propriete,
sinon qu’ilzquilz en ont transformetrāsforme des hommes en
cigales, qui ne font aultre chose que caquet-
ter jusquesiusques a la mort, d’aultresdaultres en perroquetz
injurieuxiniurieux, non entendans ce qu’ilzquilz jargonnentiargonnēt,
& d’aultresdaultres en asnes propres a porter gros faix,
& opiniastres a endurerēdurer force coups de bastonsbastōs.
Bref, c’estcest le plus beau passetemps, & la plus
joyeuseioyeuse risee de considerer leur facon de faire,
que l’onlon vit oncques, & dont l’onlon ouyt jamaisiamais
parler.
A bonbō escientesciēt?
TRIGABUSTRIGABVS.
Voire par le corbieu. Et si tu ne m’enmen veulx
croire, vien t’enten, jeie te meneray au theatre, ou
tu verras le mistere, & en riras tout ton beau
saoul.
C’estCest tresbien dict, allons y.
Mais j’aiiay grand paour qu’ilzquilz me cognoissent.
Oste ta verge, tes talaires, &
ton chapeau, ilz ne te cognoistront jamaisiamais
ainsi.
Non non: jeie feray bien
mieulx, jeie m’enmen voys changer mon visage en
aultre forme. Or me regarde bien au visage
pour veoir que jeie deviendraydeuiēdray.
Ver
tubieu, qu’estquest cecy? quel Proteus ou maistre
Gonin tu es? Comment tu as tantost eu chan-
[10v]
ge de visage? ou tu estois ungvng beau jeuneieune gars,
tu t’estes faict devenirdeuenir ungvng viellart tout gris. ha
j’entendzientēdz bien maintenantmaintenāt dontdōt cela procede, c’estcest
par la vertu des motz que jeie t’aytay veu ce pendantpēdāt
mornonner[sic] entre tes levresleures: Mais par le cor-
bieu si fault il que tu m’enmen monstresmōstres la science,
ou tu ne seras pas monmō amy. jeie paieray tout ce
que tu vouldras. S’ilSil advientaduient que jeie sache unevne
foys cela, & que jeie prenneprēne tel visage que jeie
vouldray, jeie feray tanttāt que l’onlō parlera de moy.
Or jeie ne t’abandonneraytabandonneray jamaisiamais que tu ne le
me ayes enseigne. JeIe te supplie, Mercure
monmō amy, apprens moy les parolles qu’ilquil fault
dire, affin que jeie tienne cela de toy.
VraiementVraiemēt jeie le veulx bienbiē, pource que tu es bonbō
compaignon. jeie le t’enseigneraytenseigneray avantauant que jeie
parte d’avecdauec toy. Allons premierement aux a-
reines, & puis apres jeie le te diray.
Or bienbiē, jeie me fie en ta parolle. Voy tu cestuy
la qui se promene si brusquementbrusquemēt? JeIe vouldrois
que tu l’ouysseslouysses ungvng petit raisonner, tu ne vis
oncq̄soncques en ta yievie le plus plaisant badin de phi-
losophe. Il te monstremōstre jeie ne scay quel petit grain
d’areinedareine, & dict par ses bons dieux que c’estcest de
la vraye pierre philosophale, voire & du fin
cueur d’icelledicelle. Tien la, comment il torne les
yeulx en la teste? est il content de sa personne?
C iij
[11]
voy tu comment il n’estimenestime rien le monde au
pris de soy?
En voyla ungvng aultre
qui n’estnest pas moins rebarbatif que luy, appro-
chonsappro-
chōs nous ungvng petit, & voionsvoiōs les mines qu’ilzquilz
feront entre eulx, & oyons les propos qu’ilzquilz
tiendront.
C’estCest bien dict.
Vous avezauez beau chercher
messieurs, car c’estcest moy qui ay trouvetrouue la fevefeue
du gasteau.
Mon amy, ne voꝰvous
glorifiez jaia tant. La pierre philosophale est de
telle propriete, qu’ellequelle pert sa vertu si l’hommelhōme
presume trop de soy apres qu’ilquil en a trouvetrouue
des pieces. jeie pense bien que vous en avezauez:
mais souffrez que les aultres en cherchent, &
en aient aussi bien que vous, si leur est possi-
ble. Mercure qui la nous a baillee, n’entendnentend
point que nous usionsvsiōs de ces reprouches entre
nous, mais veult que nous nous entraymionsentraymiōs
l’unglung l’aultrelaultre comme freres. Car il ne nous a
pas mis a la queste d’unedune si noble & si divinediuine
chose pour dissension: mais plus tost pour di-
lection. Toutesfois (a ce que jeie voy) nous fai
sons tout le contrairecōtraire.
Or voꝰvous
avezauez beau dire, ce n’estnest que sable tout ce que
vous autres avezauez amasse.
Vous
mentez par la gorge, en voyla unevne piece, qui
est de la vraye pierre philosophale, mieulx
[11v]
que la vostre.
N’asNas tu point
de honte de presenter cela pour pierre philo-
sophale? Est il pas bon a veoir que ce n’estnest que
sable? Phy Phy, oste cela.
Pour
quoy me l’aslas tu faict tumber? elle sera perdue.
jeie puisse mourir de male rage, si j’estoieiestoie hom
me de guerre, ou que j’eusseieusse unevne espee, si jeie ne
te tuoye tout roide, sans jamaisiamais bouger de la
place. comment est il possible que jeie la puisse
trouvertrouuer maintenantmaintenāt? J’avoisIauois tant pris de peine
a la chercher, & ce meschant, mauldict, &
abominable la m’ama faict perdre.
Tu n’asnas pas perdu grand chose, ne te chaille.
Grant chose? Il n’y anya tresor en ce
mondemōde pour lequel jeie l’eusseleusse voulu bailler, que
males furies te puissent tormentertormēter. O traistre
envieuxenuieux que tu es, ne me pouvoispouuois tu autre-
ment nuyre, sinon de me faire perdre en ungvng
moment tous mes labeurs depuis trente ans?
jeie m’enmen vengeray, quoy qu’ilquil tarde.
J’enIen ay quinze ou seze pieces, entre lesquelles
jeie suis bien asseure qu’ilquil en y a quatre (pour le
moins) qui sont de la plus vraye, qu’ilquil est pos
sible de recouvrerrecouurer.
Or ca mes-
sieurs, dictes nous (s’ilsil vous plaist) que c’estcest
que vous autres philosophes cherchez tant
tous les joursiours parmy l’areinelareine de ce theatre?
A quoy faire le demandez
vous? ScavezScauez voꝰvous pas bienbiē que nous cherchonscherchōs
des pieces de la pierre philosophale, laquelle
Mercure mist jadisiadis en pouldre, & nous la re-
pandit en ce lieu?
Et pour quoy
faire de ces pieces?
Pourquoy fai-
re dea? pour transmuer les metaulx, pour fai-
re tout ce que nous vouldrions, & impetrer
tout ce que nous demanderions des dieux.
Est il bien possible?
CVBERCUBERCUS.S’ilSil est
possible? en doubtes vous?
Voire j’enien
doubte: Car vous qui avezauez dict nagueres que
vous en aviezauiez pour le moins quatre pieces de
la vraye, pourriez bien faire par le moyen de
l’unelune (si toutes ne les y voulez employer) que
vostre compagnoncōpagnō pourroit facilementfacilemēt recouvrerrecouurer
la siennesiēne laquelle l’autrelautre luy a faict perdre, dont
il est demy enrage. Et moy qui n’aynay point
d’argentdargent, vous priroy voluntiers que ce fust
vostre bon plaisir de me convertirconuertir en escuz
quinze livresliures de monnoye (sans plus) que
j’ayiay en ma bourse, vous n’yny scauriez rien per-
dre: il ne vous pourroit couster que le vou-
loir, ou la parolle, si tant estoit que ces pieces
(que vous avezauez) eussent tanttāt d’efficacedefficace q̄que vous
dictes.
JeIe vous diray Monsieur, il ne le
fault pas prendre ainsi, vous devezdeuez entendre
[12v]
qu’ilquil n’estnest pas possible que la pierre soit de tel-
le vertu, qu’ellequelle estoit jadisiadis, quand elle fut bris-
see nouvellementnouuellemēt par Mercure pource qu’ellequelle
est toute esventeeesuētee depuis le tempstēps qu’ilquil l’ala respan-
duerespā-
due par le theatre. & si voꝰvous dy bienbiē ungvng point
qu’ilquil n’estnest jaia besoing qu’ellequelle monstre sa valeur
quantquāt ainsi seroit qu’ellequelle l’auroitlauroit encores. Et da-
vantageda-
uantage, Mercure luy peult soustraire & re-
stituer sa vertu, ainsi qu’ilquil luy plait.
Il
n’estnest jaia besoing, dictes voꝰvous? & pour quoy voꝰvous
rompezrōpez vous doncdōc la teste, les yeulx, & les reins
a la chercher si obstinementobstinemēt?
NonNō
nonnō, ne dictes point cela, car elle est autantautāt puis
sante & vertueuse, qu’ellequelle fut jamaisiamais, nonobstantnōobstāt
qu’ellequelle soit esventeeesuētee, commecōme vous dictes. Si ce q̄que
vous en avezauez, ne monstremōstre point par oeuvreoeuure &
effect quelque vertu, c’estcest bienbiē signe que ce n’ennē
est point de la vraye. Quant au regard de
ce que j’enien ay, jeie vous advertizaduertiz bien d’ungdung cas
que j’enien fay ce que veulx, Car nonnō seulementseulemēt jeie
transmue les metaux. commecōme l’orlor en plomb (jeie
vous dy le plombplōb en l’orlor) mais aussi j’enien fay trans-
formationtrās-
formation sur les hommeshōmes, quandquād par leurs opi-
nionsopi-
niōs transmuees bien plus duredures que nul me-
tal. JeIe leur fay prendre autre facon de vivreviure:
car a ceulx qui n’osoientnosoiēt nagueres regarder les
Vestales, jeie fay maintenant trouvertrouuer bon de
D j
[13]
coucher avecauec elles. Ceulx qui se soloientsoloiēt habil-
ler a la Bouhemienne, jeie les fay acoustrer a la
Turque. Ceulx qui par cy-devantparcyde uāt alloientalloiēt a che-
valche-
ual, jeie les fay trotter a piedz. Ceulx qui avoientavoiēt
coustume de donner, jeie les contrains de de-
mander. Et si fay bienbiē mieulx, car jeie fay parler
de moy par toute la Grece, tellement qu’ilquil en
y a telz qui soustiendrontsoustiendrōt jusqueiusque a la mort con-
trecō-
tre toꝰtous que j’enien ay de la vraye. & plusieurs au-
tres belles choses que jeie fay par le moyen d’i-
cellesdi-
celles pieces, lesquelles seroientseroiēt trop longueslōgues a ra
compterra
cōpter. Or ca bon hommehōme, que te semble il de
noz philosophes?
Il me semble qu’ilzquilz
ne sont gueres sages, monsieurmōsieur, ne vous aussi.
Pour quoy?
MERCVMERCURE.De se
tant travaillertrauailler & debatre pour trouvertrouuer &
choysir par l’areinelareine de si petites pieces d’unedune
pierre mise en pouldre, & de perdre ainsiaīsi leur
temps en ce mondemōde icy, sans faire autre chose
que chercher ce q̄que a l’adventureladvēture il n’estnest pas pos-
sible de trouvertrouuer, & qui (peult estre) n’yny est pas.
Et puis ne dictes vous pas que ce fut Mercure
qui la vous brisa, & respandit par le theatre?
Voire, ce fust Mercure.
MERCVMERCURE.
O pourepovres gens, vous fiez vous en Mercure, le
grand aucteur de tous abuz & tromperietrōperie? Sca-
vezSca-
uez vous pas bien qu’ilquil n’ana que le bec, & que par
[13v]
ses belles raisons & persuasions il vous feroit
bien entendre de vessies que sont lanternes,
& de nuees que sont poilles d’araindarain? Ne doub-
tez vous point qu’ilquil ne voꝰvous ait baille quelque
aultre pierre des champs, onou, peult estre, de
l’areinelareine mesmes, & puis qu’ilquil vous ayt faict a
croire que c’estcest la pierre philosophale, pour se
mocquer de vous, & prendre son passetemps
des labeurs, coleres, & debatz qu’ilquil vous voit
avoirauoir en cuydantcuydāt trouvertrouuer la chose laquelle n’estnest
point?
Ne dictes pas cela mon
sieurmō
sieur, car sans faillir c’estoitcestoit la pierre philoso-
phale, on en a trouvetrouue des pieces, & en a l’onlon
veu certaines experiences.
Vous le
dictes, mais j’enien doubte, car il me semble que
si ce la fust, vous feriez choses plus merveil-
leusesmerueil-
leuses, veu la propriete que vous dictes qu’ellequelle
a, & mesmement commecōme gens de bon vouloir
que vous estes, pourriez faire devenirdeuenir tous les
povrespoures riches, ou a tout le moins, vous leur
feriez avoirauoir tout ce qui leur est necessaire, sanssās
truander.
Les belistres sont de be-
soing au mondemōde, car si tous estoient riches, l’onlon
ne trouveroittrouueroit pointpoīt a qui donnerdōner, pour exercer
la belle vertu de liberalite.
VousVons trou
verieztrou
ueriez aysementaysemēt les choses perdues, & scauriez
les cas dont les hommes doubtent, affin de les
D ij
[14]
mettre d’apointementdapointement selon la verite, laquelle
vous serait bien cognue.
Et
que diroyent les jugesiuges, advocatzaduocatz, & enque-
steurs? que feroient ilz de tous leurs codes, pan-
dectespā-
dectes, & digestes, qui est unevne chose tant ho-
neste & utilevtile?
Quand il y auroit
quelcun qui seroit malade, & on vous mande-
roitmāde-
roit, voꝰvous ne feriez que mettre unevne petite pie-
ce d’icelledicelle pierre philosophale sur le patient,
qu’ilquil seroit gary incontinent.
Et de quoy serviroientseruiroient les medecins, & apo-
thicaires, & leurs beaulx livresliures de GalienGaliē, Avi-
cenneAui-
cēne, Hippocrates, Egineta, & autres qui leur
coustent tant? Et puis par ce moyen tout le
monde vouldroit tousjourstousiours guerir de toutes
maladies, & jamaisiamais nul ne vouldroit mourir,
laquelle chose seroit trop desraisonnable.
En voyla ungvng lequel semble
avoirauoir trouvetrouue quelque chose, tenez comment
les aultres y accourrent d’enviedenuie, & se mettent
a chercher au mesme lieu.
Ilz font tres bien de chercher : car ce qui n’estnest
trouvetrouue, se trouveratrouuera.
Voire, mais
depuis le temps que vous cherchez, si n’estnest il
point de bruit que vous ayez faict aulcunaulcū acte
digne de la pierre philosophale, qui me faict
doubter que ce ne l’estlest point, ou (si ce l’estlest) q̄llequ’elle
[14v]
n’ana point tant de vertu que l’onlon dict: mais que
ce ne sont que parolles, & que vostre pierre
ne sert que a faire des comptes.
JeIe vous ay jaia dict plusieurs cas que j’ayiay faict
par le moyen de ce que j’enien ay.
Et puis qu’estquest ce que cela? Le grand babil &
hault caquet que vous avezauez, en est cause, & nonnō
pas vostre grain de sable: vous tenez cela tanttāt
seulement de Mercure, & non aultre chose :
car tout ainsi qu’ilquil vous a payez de parolles,
vous faisant a croire que c’estoitcestoit la pierre phi-
losophale, aussi contentez vous le monde de
belle pure parolle. Voyla de quoy jeie pensepēse que
vous estes tenuz a Mercure.
JeIe puisse mourir si j’estoyeiestoye que du Senat, si jeie
ne vous envoyoyeenuoyoye bien tous a la charrue, aux
vignes, ou en galleres. Pensez vous qu’ilquil faict
beau veoir ungvng tas de gros veaux perdre tout
le temps de leur vie a chercher de petites pier-
res comme les enfans? Encores si cela venoit a
quelque proffit, jeie ne diroys pas : mais ilz ne
font rien de tout ce qu’ilzquilz cuydent, qu’ilzquilz res-
ventres-
uent & promettent. Par le Corbieu ilz sont
plus enfans que les enfans mesmes: Car des
enfansenfās encor en faict on quelque chose, & s’ensen
sert l’onlon aulcunementaulcunemēt. s’ilzsilz s’amusentsamusent a quelque
jeuieu, l’onlon les faict cesser aiseementaiseemēt pour les faire
D iij
[15]
besongner: Mais ces Badins & ResveursResueurs de
philosophes, quant ilz se sont unevne foys mis
a chercher des grains d’areinedareine parmy ce theatre
pensanspēsans trouvertrouuer q̄lq̄quelque piece de leur belle pierre
philosophale, on ne les peult jamaisiamais retirer de
ce sot jeuieu de barbue & perpetuelle enfanceenfāce, ains
vieillissent & meurent sur la besogne. Com-
bienCom-
biē en ay jeie veu qui devoyentdeuoyēt faire merveillesmerueilles?
Ouy dea, des naveaulxnaueaulx, ilz en ontōt belles lettres.
On n’ennen trouvetrouue pas des pieces
ainsi que l’onlon vouldroit bien, & puis Mercure
n’estnest pas toujours favorablefauorable a tous.
JeIe le pense.
Or messieurs, il
ne vous desplaira point, si jeje prens conge de
vous, car voy la monsieur le Senateur Venu-
lus, avecauec lequel j’ayiay promis d’allerdaller souper, qui
m’envoyemenuoye querir par son serviteurseruiteur.
A dieu donc monsieur.
Voy
la de mes gens, il sera assis au hault bout de la
table, on luy trencheratrēchera du meilleur, il aura l’au-
diuitlau-
diuit, & le caquet par dessus toꝰtous, & dieu scait
sis’il leur en comptera de belles.
Et tout par le moyen de ma pierre philoso-
phale.
Et quoy donc? Quand
ce ne seroit jaia que les repues franchesfrāches qu’ilzquilz en
ont, ilz sont grandementgrandemēt tenuz a toy Mercure.
Tu voy de quoy sert mon art.
[15v]
Or il me fault aller faire encor quelque messa-
ge secret de par JupiterIupiter mon pere, a unevne da-
me, laquelle demeure au pres du temple d’A-
polloda-
pollo: & puis il me fault aussi ungvng petit veoir
ma myemamye devantdeuant que jeie retorne. A dieu.
Tu ne me veulx doncdōc pas tenir pro-
messe?
De quoy?
TRIGABUSTRIGABVS.
De m’enseignermenseigner les motz qu’ilquil fault dire pour
changer ma trongne & mon visage en telle
forme que jeie vouldray.
Ouy dea,
c’estcest bien dict: escoute en l’oreilleloreille.
CommentCōment? jeie ne t’oytoy pas, jeie ne scay que tu dis,
parle plus hault.
Voyla toute la
recepte, ne l’oblieloblie pas.
Qu’aQua
il dict? par le sambieu jeie ne l’aylay point entenduentēdu,
& croy qu’ilquil ne m’ama rien dict, car jeie n’aynay rien
ouy. S’ilSil m’eustmeust voulu enseigner cela, j’eusseieusse
faict mille gentillesses, jeie n’eusseneusse jamaisiamais eu
paour d’avoirdauoir faulte de rien, Car quant j’eusseieusse
eu affaire d’argentdargent, jeie n’eusseneusse faict que trans-
muer mon visage en celluy de quelcun a qui
ces[sic] tresoriers en doyventdoyuent, & m’enmen feusse alle
le recevoirreceuoir pour luy. Et pour bien jouyriouyr de
mes amours, & entrer sans danger chez ma
mye, j’eusseieusse pris souventsouuent la forme & la face de
l’unelune de ses voisines, a celle fin que l’onlō ne m’eustmeust
cogneu, & plusieurs aultres bons tours que
[16]
j’eusseieusse faict. O la bonne facon de masques que
c’eustceust este, s’ilsil m’eustmeust voulu dire les motz, &
qu’ilquil ne m’eustmeust point abuse. Or jeie reviensreuiens a
moymesmes, & cognois que l’hommelhomme est bienbiē
fol, lequel s’attendsattend avoirauoir quelque cas de cela
qui n’estnest point, & plus malheureux celuy, qui
espere chose impossible.